Vendredi 12 septembre 2008
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L'église du village allait bientôt sonné les douze coups de minuit. J'étais parti de st Afrique depuis déjà 3h, je marchais seul dans la nuit, perdu en plein
cœur de l'Aveyron, cette douce région aussi désertique que le Sahara. N'allez pas croire que le paysage est désertique, voyez par là seulement le fait que cette région soit constituer à 90% de
village n'excédant pas les 200 habitants. Le ciel était magnifique et continuait même derrière les arbres comme l'aurait dit Axel. Le Lieu semblait donc particulièrement propice pour effectuer
une première pause sur ce chemin qui devait me mener jusqu'à Montpellier. J'étais à Saint Félix de Sorgues, un petit village de 183 habitants. Les Jambes un peu lourdes, je me dirigeais vers la
place de l'église, lieu de rencontre au village et toujours illuminé de milles feux. Assit sur un banc en compagnie de ses deux chiens, Stella et Athos, un vieillard m'invita à le
rejoindre.
Je saisi donc l'occasion pour me décharger de mon imposant sac et rompre avec la solitude qui voyageait avec moi. Bernard était l'épicier du village. Bien que sa
longue chevelure grise et sa barbe imposante lui donnait des aires de vieillard, il n'avait que 58ans. Sans doute était-ce aussi le fruit de l'alcool et de la maladie; Il avouait lui même qu'il
était alcoolique et me répétait sans cesse qu'il était à l'hiver de sa vie. « S'il y a du respect, on peut tout faire » disait-il, et c'est
avec respect que nous entamâmes une discutions banale entre deux inconnus. Après de brèves présentations, il éprouva un profond respect envers mon projet; Lui aussi avait pas mal voyagé durant sa
jeunesse; Il avait traversé la France à pied puis était allé jusqu'en Espagne au guidon de son vélo avec lequel il avait parcourut des milliers de kilomètres. Je restais admiratif devant son
histoire; Il semblait avoir vécu des moments inoubliables et avoir réellement profité de la vie mais je sentais comme un air d'inachevé dans ses propos. C'est comme s'il avait touché le bonheur
du bout des doigts sans réellement l'atteindre. Toujours est-il qu'il était aujourd'hui tombé dans l'alcoolisme et le tabac malgré son asme. Peut-être était-ce du à son divorce et sa solitude, où
alors était-ce le fait de se voir vieillir et de ne plus rêver qui l'incitait a s'autodétruire pour mettre plus rapidement un terme à ses souffrance ? En effet, je ressentait à travers sa voix
que la route et ce genre d'aventures lui manquaient; Seulement, a l'aube de ses 60ans et handicapé par une hanche défectueuse la donne n'était plus la même que dans sa jeunesse et c'est à cet
instant qu'il me lança d'une voix fatiguée qui attira pourtant toute mon attention : « fais le maintenant ou tu ne le feras
jamais ». Combien de fois avais-je entendu cette phrase dans ma vie ? Et pourtant, en sortant de la bouche de Bernard, elle prit une toute autre dimension; C'est comme
s'il venait de m'ouvrir les yeux sur la vie, comme s'il détenait la vérité et voulait me la faire partager. Bien sur certains devaient le prendre pour un fou : Il imitait le cris du loup et du
dragon dans les rue du village au clair de lune, Il prétendait connaître le Da Vinci Code grâce à son Atlas des cartes du monde de 1837, il parlait le langage des dauphins lorsqu'il avait trop
bu, il aimait écouté de la dance des 90's dans son épicerie jusqu'au bout de la nuit... Mais je le respectais et comprenais l'intelligence et la bonté qui reposaient en lui.
Cet homme ou plutôt cet artiste, touchait à tout; Artiste peintre, musicien, sculpteur, dessinateur, il s'investissait à fond dans ses passions et n'hésitait pas
à les faire partager. En effet, Bernard était la générosité incarnée; S'il donnait désormais du travail aux enfants du village dans son épicerie, après avoir du arrêter son métier de preneur de
son pour avoir perdu une oreille, il était devenu successivement éducateur et auxiliaire de personnes en fin de vie. Il aimait aider les autres et leur faire partager son savoir. Il avait
enseigner l'astronomie et la guitare à de nombreux jeunes et comme il me le répéter fièrement « tout ceux à qui j'ai enseigné sont devenus meilleurs que
moi ».
Ce soir là, Bernard semblait heureux, la fête du village approchant, je le sentais tout excité de se produire sur scène avec l'un de ses deux fils pour les
concerts annuels; Cependant, lorsque je lui appris que j'étais originaire de Mirecourt, dans les Vosges, je vis son visage disparaître subitement derrière un voile de nostalgie. « un
vosgepatte » s'écria t-il. Je me trouvais à plus de 900km de chez moi, à minuit, sur la place de l'église d'un village de 183 habitant et ce vieillard qui m'invitait à le rejoindre sur
son banc était né à Lunéville et avait passé toute son enfance à Mirecourt. Étais-ce un signe du destin? Un message? Toujours est-il que le monde est petit. Je l'écoutais me raconté son enfance
dans les Vosges, ses études en électronique à Nancy et ses premiers vols dans les supermarchés d'Épinal. Très émus, je sentais les larmes fleurter avec les frontières de ses paupières. C'est
alors qui décida de se changer les idées, me laissa ses chiens un instant et revint avec une guitare et un violon et c'est en pleine nuit sur la place de l'église de saint Félix de sorgues que
nous entamâmes un concert improvisé sous les yeux de stella et d'athos, sans oublier les crapeaux qui étaient venu en nombre aux abords des marches de l'église. « un mircurtien qui vient ici, alléluia ». Ayant grandis à Mirecourt, capitale de la Lutherie, j'avais du attendre mes 22ans pour toucher mon premier violon
et ce fut au beau milieu de la nuit dans ce petit village en plein cœur de l'Aveyron. Je ne saurais décrire ce que j'ai ressentit à ce moment tellement ce fut fort et intense, d'autant plus que
Bernard ajouta « Touche mon violon, quand moi je serais mort, lui il sera toujours là ». Malgré tout
cette première rencontre avec cet instrument fut presque fatale à mes oreilles et je repris la guitare aussitôt que Bernard l'ai accordé; Il avait l'oreille musicale et était capable d'accorder
une guitare dans le métro, c'était un vrai « musicos » comme il aimait le dire.
Issue d'une famille de cinq fils, tous ses frères avaient sombré dans le matérialisme et jouissaient aujourd'hui devant leur écran plat. De son côté, Bernard
avait choisi la musique, il n'avait vécu que pour elle, en avait fait son métier et avait continuer de l'enseigner après, ayant même enregistré une chanson avec des enfants dans laquelle le
prince aux cheveux d'or venait à bout du terrible dragon mokor. Je sentais que cette chanson représentait beaucoup pour lui, bien qu'il l'ait enregistré 20ans plus tôt, il frissonnait encore de
plaisir en écoutant ce que ces enfants avaient créé de toutes pièces avec son aide; C'est comme si c'était eux qu'ils lui avaient apporter le plus, et je pense qu'il leur en sera éternellement
reconnaissant, sans doute même d'avantage que moi envers lui lorsqu'il me fit « t'es un vrai petit Bob Dylan toi ». Il m'écoutait jouer, me regardait, m'apprenait des morceaux mais ne portait aucun jugement sur ce que je faisait; « joues,
ne te préoccupes pas de moi, je ne porte aucun jugement sur ce que tu fais, si tu fais de fausses note c'est pas grave, c'est avec les erreurs qu'on avance ». En musique, Bernard avait deux maitre spirituels, Brassens et Brel, qu'il avait eu le privilège de rencontrer dans sa jeunesse et avec qui il avait parlé comme
il le faisait avec moi; Selon lui il ne devait pas avoir de barrières entre les hommes, peut importe qui l'on est on doit respecter l'autre.
Le respect était vraiment important pour lui, au même point que la générosité; Je ne le connaissait pas et pourtant il m'a ouvert les portes de son épicerie en
pleine nuit, m'a offert eau, pain et vin, m'a appris deux morceaux de guitare et m'en à appris beaucoup sur moi même à travers son histoire. Bien sur rien n'est gratuit, mais ici on ne parlait
jamais d'argent : « quand j'étais jeune, d'autres l'on fait pour moi et m'ont juste demandé en échange de le refaire un
jour pour quelqu'un d'autre, voilà tout ce que je te demande ». Après quatre heures d'échanges culturels, il était temps pour moi de reprendre la route, le chemin était
encore long et de son côté Bernard ouvrait son épicerie dans cinq heures. Les tongs aux pieds et le sac sur le dos, il me remercia pour cette soirée; j'avais réveillé tellement de souvenir en lui
qu'il en avait versé une larme, mais une larme de bonheur; Et de mon côté il m'avait appris tellement à tout les niveaux que je lui en serai éternellement redevable et je ne manquerai pas de
tenir ma parole quand viendra mon tour. Bernard fut le premier homme que je rencontrai sur la route, et comme un signe du destin, une force qui nous dépasse, il avait grandi dans ma ville, à
l'autre bout de la France, une rencontre que je n'oublierais jamais; Et c'est sur cette phrase qu'il prononça d'un air serein que nous nous quittâmes « On
se reverra, que ce soit ici ou là haut ».
La magie du bivouac. En vingt deux années d'existence, j'avais tout de même déjà vécu des situations insolites, étranges, parfois même aux limites du
surnaturel, mais durant ce premier voyage, chaque jour me réservait son lot de surprises, de rencontres que je ne pouvait expliquer. Après une courte nuit de sommeil et 50km de marche nocturne
à travers les villages et petites routes de l'Aveyron dans les mollets, il me restait près de 90km pour atteindre Montpellier. La chaleur était intense, le soleil brulait comme jamais et
j'avançais sur un chemin désertique, qui paraissait sans fin tel la fameuse route 66. A bout de force, j'arrivais enfin à l'entrée de l'autoroute. Effondré sur le bas côté, je levais tant bien
que mal mon pouce lorsqu'un véhicule pointait le bout de son nez. Après une heure et demi d'attendre et la gourde presque vide je commençais à perdre espoir; sans doute n'arriverais-je pas à
Montpellier dans la soirée comme je l'espérais. C'est alors que je commença, je ne sais pour quelle raison, à siffler l'air des « portes du pénitencier » que Bernard m'avait appris à
jouer au beau milieu de la nuit. J'eus à peine le temps de commencer qu'une clio verte s'arrêta devant moi. Étant à moitié couché sur le bord de la route et ne prenant même plus la peine de
lever le pouce je cru d'abord à une mauvaise blague ou une hallucination. Pourtant je ne rêvais pas, je m'empressai de me lever pour aller ouvrir la porte passager, et à cet instant je fut
subjugué d'entendre l'air que je sifflais quelques secondes plus tôt sortir des enceintes de l'autoradio. C'est comme si j'avais appelé cette voiture en aide, comme si je l'avais menée jusqu'à
moi ou si je savais quelque part au fond de mon esprit qu'elle allait arriver. N'allez pas croire que la magie allait s'arrêter là. Comment aurais-je pu imaginer un instant que j'allais faire
90km à bord d'une clio verte pour rejoindre Montpellier aux côtés d'une jeune et jolie asiatique ? Lorsque l'on fait du stop, on s'amuse bien souvent à imaginer ces situations, mais on a
tendance à rester lucide et en rigoler; Toujours est-il que ce n'était pour moi que réalité et grâce à sa générosité j'étais à destination en fin d'après midi; J'avais parcourut près de 150 km
en une petite vingtaine d'heure et rencontré des gens formidables; J'étais heureux et fier; Fier de moi et fière de vivre dans un monde ou subsistait encore la générosité et le respect, et
disposant d'autant de richesses naturelles.
Merci