Lundi 15 septembre 2008 1 15 /09 /Sep /2008 00:00

« fais le maintenant ou tu ne le feras jamais »

 

 

Ne voyez pas seulement ces quelques modestes pages comme un simple récit de voyages, d'aventures, ou une œuvre auto-biographique, mais plutôt comme une vision de la vie, un livre que vous pouvez aisément feuilleter, survoler, commencer par la fin ou lire seulement un chapitre de temps à autre. Ce serait un manque de respect et d'une grande prétention de dire qu'il s'agit là d'une sorte de « bible », mais j'ose espérer que cet ouvrage, aura un jour ou l'autre le pouvoir de changer les choses... qu'il influence le monde entier, notre société ou même seulement la vie d'un seul homme.

 

Au fil des chapitres, ce livres prendra volontairement différentes formes littéraires; Ainsi ne soyez pas surpris qu'une partie retrace des rencontres inoubliables faîtes sur la route, qu'une autre soit écrite sous la forme d'une carnet de bord, qu'une autre philosophie sur toute chose ou même de trouver des chansons. La vie étant en perpétuelle évolution et les choses évoluant et changeant de jour en jour, je veux que ce livre la reflète de la plus fidèle des manières et par la même occasion qu'il laisse une trace indélébile de tout ceux qu'ils l'on influencé, quelque qu'en soit la manière.

 

La route est faites de rencontres; Qu'elles ne durent que quelques secondes ou des jours, nombreuses sont celles qui ont le pouvoir de changer une vie à tout jamais...

 

Avant toute choses je souhaiterais rappeler les 3 éléments nuisibles à notre bonheur : le temps, l'argent et le sexe. Bien sur, s'il on est tous d'accord en ce qui concerne le temps il en est autrement pour le reste, mais vous comprendrez au fil des pages... .

Les jours et les saisons défilent au rythme du temps, celui là même avec lequel on se bat depuis notre naissance. Nous ne vivons qu'à travers la peur de nous voir vieillir et mourir. Bien que l'on souhaiterais profiter de ce que peu nous offrir la vie avant l'échéance, on nous impose dès le plus jeune âge cette barrière temporelle et nous sommes modelé sur notre société. Hormis les bases du langage, essentielles à la vie, on nous enseigne la soumission et l'on nous prépare à petit feux à cette fatalité qui nous attends tous, une vie déjà toute tracée. Les études, un emploi ennuyeux qui vous vole votre temps, une retraite miséreuse et bien sur la mort. Tout est présenté comme une vie idéale alors que chacun d'entre nous passe à côté du vrai dans une société dirigée par le sexe et l'argent où l'on à tendance à oublier les vrais valeurs de la vie.

 

 

 

 

Par Le Bis
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Dimanche 14 septembre 2008 7 14 /09 /Sep /2008 02:11


Ben disait toujours qu'il avait 22 ans, sans doute un événement majeur l'avait marqué cette année là ou était-ce simplement l'âge dont il gardait les meilleurs souvenirs, à l'image de mes 17 ans. Toujours est-il qu'au commencement de ce livre et plus globalement de mon périple de routard, j'avais réellement 22 ans et nous étions en plein milieu d'une année qui avait été riche en événement et qui pour moi semblait être la meilleure depuis ces cinq dernières années; Un moment propice au départ. J'avais retrouvé le sourire, la joie de vivre, je m'amusais et profitais de la vie comme à l'aube de ma majorité et bien que je ne croyais plus en l'amour, les amis, eux, étaient toujours là. N'est-ce pas là le plus important ? La tête pleine de rêves et d'idées nouvelles, j'abordais la suite de la plus sereine des manières : Je voulais simplement vivre, arrêter le temps... « The time is not important for me » comme disait Rubben.


Vagabonder est sans aucun doute le mode de vie le moins onéreux qui puisse exister. Cela dit, même issue du milieu populaire, tout quitter du jour au lendemain pour la rue ou la nature, même pour une courte période n'est pas vraiment conseillé. A défaut d'être un Mc Guyver en herbe ou un lucky luke des temps modernes, un certain bagage matériel et mental est préconisé pour ce genre de périple. Bien sur tout cela a un coût. Pour ma part, j'avais travaillé trois longs mois en dehors de mes heures de cours pour récolter les fonds nécessaires à l'achat du matériel de bivouac. J'étais plongeur et travaillais 50h par semaine pour un salaire de misère; Autant dire que l'on m'exploitait. Mais ce qui est intéressant dans ces petits boulots, ce n'est pas réellement ce que l'on fait ni combien on gagne, mais les gens que l'on rencontre. Humainement, ce fut pour moi une expérience unique et véritablement enrichissante qui renforça un peu plus mes rêves et mes ambitions. Lorsque l'on rentre dans la vie active et sans doute encore d'avantage dans la restauration, on commence à prendre d'avantage conscience des réalités de la vie, celle à laquelle on est chaque jour confronté et à laquelle on nous prépare depuis le plus jeune âge. Philippe, Éric, Paul ou Cathy, tous employés de cuisine dans un restaurant, me faisait de la peine; Certes leur salaires mensuels leur permettaient de manger et d'avoir un toit mais tous paraissaient malheureux. En passant 50h par semaine dans une cuisine de 15m2 on passe forcement à côté de l'essentiel, le temps défile à la vitesse de la lumière et la vie ne vaut pas vraiment la peine d'être vécue. A quoi bon gagner de l'argent si on a pas le temps d'en profiter ? Ne vos mieux t-il pas profiter de la vie sans argent ? De plus, force est de constater que celui qui gagne de l'argent en veut toujours plus et tombe petit à petit dans un cercle sans fin : Travailler plus pour gagner plus... . Nous voilà arrivé à cette fameuse question : l'argent fait-il le bonheur? Certain vous répondrons « oui », d'autres « non »; Pour ma part, j'ai toujours eu tendance à penser que l'on pouvait être heureux sans argent mais je n'en avais tout de même pas la certitude... avant de commencer mon aventure. La Route peut changer une vie, développer notre vision du monde, nous montrer le chemin de la vérité et nous rendre heureux à travers la magie des paysages de notre planète et des rencontres exceptionnelles.


Si vous faites parti de ces gens matérialistes qui ne vivent que pour l'argent, le luxe et l'apparence extérieur, j'espère que ce livre vous fera réfléchir et vous aidera à lutter contre ce fléaux qui vous tuera sans avoir vraiment vécu.


Par Le Bis
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Samedi 13 septembre 2008 6 13 /09 /Sep /2008 02:13

Ce premier chapitre va traiter de la route et plus globalement de la vie à travers toutes les rencontres que j'ai pu faire durant ce voyage. Chaque personnage développera un thème différent, traité de manière différente en relation avec la personnalité de chacun et tout ce qu'ils auront pu m'apporter. Merci à tous et bonne lecture.





Par Le Bis
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Vendredi 12 septembre 2008 5 12 /09 /Sep /2008 02:27


L'église du village allait bientôt sonné les douze coups de minuit. J'étais parti de st Afrique depuis déjà 3h, je marchais seul dans la nuit, perdu en plein cœur de l'Aveyron, cette douce région aussi désertique que le Sahara. N'allez pas croire que le paysage est désertique, voyez par là seulement le fait que cette région soit constituer à 90% de village n'excédant pas les 200 habitants. Le ciel était magnifique et continuait même derrière les arbres comme l'aurait dit Axel. Le Lieu semblait donc particulièrement propice pour effectuer une première pause sur ce chemin qui devait me mener jusqu'à Montpellier. J'étais à Saint Félix de Sorgues, un petit village de 183 habitants. Les Jambes un peu lourdes, je me dirigeais vers la place de l'église, lieu de rencontre au village et toujours illuminé de milles feux. Assit sur un banc en compagnie de ses deux chiens, Stella et Athos, un vieillard m'invita à le rejoindre.

Je saisi donc l'occasion pour me décharger de mon imposant sac et rompre avec la solitude qui voyageait avec moi. Bernard était l'épicier du village. Bien que sa longue chevelure grise et sa barbe imposante lui donnait des aires de vieillard, il n'avait que 58ans. Sans doute était-ce aussi le fruit de l'alcool et de la maladie; Il avouait lui même qu'il était alcoolique et me répétait sans cesse qu'il était à l'hiver de sa vie. « S'il y a du respect, on peut tout faire » disait-il, et c'est avec respect que nous entamâmes une discutions banale entre deux inconnus. Après de brèves présentations, il éprouva un profond respect envers mon projet; Lui aussi avait pas mal voyagé durant sa jeunesse; Il avait traversé la France à pied puis était allé jusqu'en Espagne au guidon de son vélo avec lequel il avait parcourut des milliers de kilomètres. Je restais admiratif devant son histoire; Il semblait avoir vécu des moments inoubliables et avoir réellement profité de la vie mais je sentais comme un air d'inachevé dans ses propos. C'est comme s'il avait touché le bonheur du bout des doigts sans réellement l'atteindre. Toujours est-il qu'il était aujourd'hui tombé dans l'alcoolisme et le tabac malgré son asme. Peut-être était-ce du à son divorce et sa solitude, où alors était-ce le fait de se voir vieillir et de ne plus rêver qui l'incitait a s'autodétruire pour mettre plus rapidement un terme à ses souffrance ? En effet, je ressentait à travers sa voix que la route et ce genre d'aventures lui manquaient; Seulement, a l'aube de ses 60ans et handicapé par une hanche défectueuse la donne n'était plus la même que dans sa jeunesse et c'est à cet instant qu'il me lança d'une voix fatiguée qui attira pourtant toute mon attention : « fais le maintenant ou tu ne le feras jamais ». Combien de fois avais-je entendu cette phrase dans ma vie ? Et pourtant, en sortant de la bouche de Bernard, elle prit une toute autre dimension; C'est comme s'il venait de m'ouvrir les yeux sur la vie, comme s'il détenait la vérité et voulait me la faire partager. Bien sur certains devaient le prendre pour un fou : Il imitait le cris du loup et du dragon dans les rue du village au clair de lune, Il prétendait connaître le Da Vinci Code grâce à son Atlas des cartes du monde de 1837, il parlait le langage des dauphins lorsqu'il avait trop bu, il aimait écouté de la dance des 90's dans son épicerie jusqu'au bout de la nuit... Mais je le respectais et comprenais l'intelligence et la bonté qui reposaient en lui.

Cet homme ou plutôt cet artiste, touchait à tout; Artiste peintre, musicien, sculpteur, dessinateur, il s'investissait à fond dans ses passions et n'hésitait pas à les faire partager. En effet, Bernard était la générosité incarnée; S'il donnait désormais du travail aux enfants du village dans son épicerie, après avoir du arrêter son métier de preneur de son pour avoir perdu une oreille, il était devenu successivement éducateur et auxiliaire de personnes en fin de vie. Il aimait aider les autres et leur faire partager son savoir. Il avait enseigner l'astronomie et la guitare à de nombreux jeunes et comme il me le répéter fièrement « tout ceux à qui j'ai enseigné sont devenus meilleurs que moi ».

Ce soir là, Bernard semblait heureux, la fête du village approchant, je le sentais tout excité de se produire sur scène avec l'un de ses deux fils pour les concerts annuels; Cependant, lorsque je lui appris que j'étais originaire de Mirecourt, dans les Vosges, je vis son visage disparaître subitement derrière un voile de nostalgie. « un vosgepatte » s'écria t-il. Je me trouvais à plus de 900km de chez moi, à minuit, sur la place de l'église d'un village de 183 habitant et ce vieillard qui m'invitait à le rejoindre sur son banc était né à Lunéville et avait passé toute son enfance à Mirecourt. Étais-ce un signe du destin? Un message? Toujours est-il que le monde est petit. Je l'écoutais me raconté son enfance dans les Vosges, ses études en électronique à Nancy et ses premiers vols dans les supermarchés d'Épinal. Très émus, je sentais les larmes fleurter avec les frontières de ses paupières. C'est alors qui décida de se changer les idées, me laissa ses chiens un instant et revint avec une guitare et un violon et c'est en pleine nuit sur la place de l'église de saint Félix de sorgues que nous entamâmes un concert improvisé sous les yeux de stella et d'athos, sans oublier les crapeaux qui étaient venu en nombre aux abords des marches de l'église. « un mircurtien qui vient ici, alléluia ». Ayant grandis à Mirecourt, capitale de la Lutherie, j'avais du attendre mes 22ans pour toucher mon premier violon et ce fut au beau milieu de la nuit dans ce petit village en plein cœur de l'Aveyron. Je ne saurais décrire ce que j'ai ressentit à ce moment tellement ce fut fort et intense, d'autant plus que Bernard ajouta « Touche mon violon, quand moi je serais mort, lui il sera toujours là ». Malgré tout cette première rencontre avec cet instrument fut presque fatale à mes oreilles et je repris la guitare aussitôt que Bernard l'ai accordé; Il avait l'oreille musicale et était capable d'accorder une guitare dans le métro, c'était un vrai « musicos » comme il aimait le dire.

Issue d'une famille de cinq fils, tous ses frères avaient sombré dans le matérialisme et jouissaient aujourd'hui devant leur écran plat. De son côté, Bernard avait choisi la musique, il n'avait vécu que pour elle, en avait fait son métier et avait continuer de l'enseigner après, ayant même enregistré une chanson avec des enfants dans laquelle le prince aux cheveux d'or venait à bout du terrible dragon mokor. Je sentais que cette chanson représentait beaucoup pour lui, bien qu'il l'ait enregistré 20ans plus tôt, il frissonnait encore de plaisir en écoutant ce que ces enfants avaient créé de toutes pièces avec son aide; C'est comme si c'était eux qu'ils lui avaient apporter le plus, et je pense qu'il leur en sera éternellement reconnaissant, sans doute même d'avantage que moi envers lui lorsqu'il me fit « t'es un vrai petit Bob Dylan toi ». Il m'écoutait jouer, me regardait, m'apprenait des morceaux mais ne portait aucun jugement sur ce que je faisait; « joues, ne te préoccupes pas de moi, je ne porte aucun jugement sur ce que tu fais, si tu fais de fausses note c'est pas grave, c'est avec les erreurs qu'on avance ». En musique, Bernard avait deux maitre spirituels, Brassens et Brel, qu'il avait eu le privilège de rencontrer dans sa jeunesse et avec qui il avait parlé comme il le faisait avec moi; Selon lui il ne devait pas avoir de barrières entre les hommes, peut importe qui l'on est on doit respecter l'autre.

Le respect était vraiment important pour lui, au même point que la générosité; Je ne le connaissait pas et pourtant il m'a ouvert les portes de son épicerie en pleine nuit, m'a offert eau, pain et vin, m'a appris deux morceaux de guitare et m'en à appris beaucoup sur moi même à travers son histoire. Bien sur rien n'est gratuit, mais ici on ne parlait jamais d'argent : « quand j'étais jeune, d'autres l'on fait pour moi et m'ont juste demandé en échange de le refaire un jour pour quelqu'un d'autre, voilà tout ce que je te demande ». Après quatre heures d'échanges culturels, il était temps pour moi de reprendre la route, le chemin était encore long et de son côté Bernard ouvrait son épicerie dans cinq heures. Les tongs aux pieds et le sac sur le dos, il me remercia pour cette soirée; j'avais réveillé tellement de souvenir en lui qu'il en avait versé une larme, mais une larme de bonheur; Et de mon côté il m'avait appris tellement à tout les niveaux que je lui en serai éternellement redevable et je ne manquerai pas de tenir ma parole quand viendra mon tour. Bernard fut le premier homme que je rencontrai sur la route, et comme un signe du destin, une force qui nous dépasse, il avait grandi dans ma ville, à l'autre bout de la France, une rencontre que je n'oublierais jamais; Et c'est sur cette phrase qu'il prononça d'un air serein que nous nous quittâmes « On se reverra, que ce soit ici ou là haut ».

 

 

La magie du bivouac. En vingt deux années d'existence, j'avais tout de même déjà vécu des situations insolites, étranges, parfois même aux limites du surnaturel, mais durant ce premier voyage, chaque jour me réservait son lot de surprises, de rencontres que je ne pouvait expliquer. Après une courte nuit de sommeil et 50km de marche nocturne à travers les villages et petites routes de l'Aveyron dans les mollets, il me restait près de 90km pour atteindre Montpellier. La chaleur était intense, le soleil brulait comme jamais et j'avançais sur un chemin désertique, qui paraissait sans fin tel la fameuse route 66. A bout de force, j'arrivais enfin à l'entrée de l'autoroute. Effondré sur le bas côté, je levais tant bien que mal mon pouce lorsqu'un véhicule pointait le bout de son nez. Après une heure et demi d'attendre et la gourde presque vide je commençais à perdre espoir; sans doute n'arriverais-je pas à Montpellier dans la soirée comme je l'espérais. C'est alors que je commença, je ne sais pour quelle raison, à siffler l'air des « portes du pénitencier » que Bernard m'avait appris à jouer au beau milieu de la nuit. J'eus à peine le temps de commencer qu'une clio verte s'arrêta devant moi. Étant à moitié couché sur le bord de la route et ne prenant même plus la peine de lever le pouce je cru d'abord à une mauvaise blague ou une hallucination. Pourtant je ne rêvais pas, je m'empressai de me lever pour aller ouvrir la porte passager, et à cet instant je fut subjugué d'entendre l'air que je sifflais quelques secondes plus tôt sortir des enceintes de l'autoradio. C'est comme si j'avais appelé cette voiture en aide, comme si je l'avais menée jusqu'à moi ou si je savais quelque part au fond de mon esprit qu'elle allait arriver. N'allez pas croire que la magie allait s'arrêter là. Comment aurais-je pu imaginer un instant que j'allais faire 90km à bord d'une clio verte pour rejoindre Montpellier aux côtés d'une jeune et jolie asiatique ? Lorsque l'on fait du stop, on s'amuse bien souvent à imaginer ces situations, mais on a tendance à rester lucide et en rigoler; Toujours est-il que ce n'était pour moi que réalité et grâce à sa générosité j'étais à destination en fin d'après midi; J'avais parcourut près de 150 km en une petite vingtaine d'heure et rencontré des gens formidables; J'étais heureux et fier; Fier de moi et fière de vivre dans un monde ou subsistait encore la générosité et le respect, et disposant d'autant de richesses naturelles.

Merci

 


 

 




 

 

 

Par Le Bis
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Vendredi 12 septembre 2008 5 12 /09 /Sep /2008 00:14

 

 

 

Pas plus tard que hier, j'errais seul dans les rues Nancéennes; Le temps était pluvieux, tout était gris et la place Stanislas ne semblait être que le reflet d'une ville bourgeoise ou l'apparence extérieure prédomine. J'étais bien loin de la chaleur humaine que dégageaient les rues de Montpellier. Cette atmosphère me manquait et cet avec une grande émotion que je repensais à notre rencontre avec Ben. Alors que la nuit avait envahi la place de la comédie, nous remontions vers la vieille ville avec Brian. Ce dernier m'avait rejoint avec son frère dans cette aventure. Ben avait le profil type du bûcheron canadien, profession qu'il exerçait avec passion; Il était grand, imposant, musclé et barbu et il retenait sa chevelure à l'aide d'un bandeau aux motifs écossais. Toujours près à relevé de nouveaux défis, il interpela Brian dans une ruelle pour lui proposer ses services de porteur de sac. Impressionné par le poids de notre pactage il nous invita a le suivre lui et sa petite bande dans un bar Montpelliérain, " the shakespeare "pour y déguster une bière. Je n'étais pas fan de cette boisson, mais je dois avoué que la " pils " de Ben était particulièrement goulue.

Stephen était un ami de longue date de Ben; Tous s'étaient rencontré sur la route et s'étaient donné rendez-vous dans la région pour se retrouver et relater leurs aventures de jeunesse. Tout comme Ben, il venait de fêter ses 32 ans mais tout deux n'acceptaient pas de vieillir et Ben s'amusait volontiers à dire qu'il avait 22ans. Ce qui me subjugua chez Stephen, ce fut sa ressemblance avec moi lorsqu'il me présenta son permis de conduire où il affichait la vingtaine avec une chevelure imposante tout comme moi jadis. Seulement, il avait désormais le crane dégarni... . «  la vie, c'est pas comme dans tétris, tu suis pas les cases ». voilà quelle était la philosophie de la vie selon stephen, et ayant grandi dans cet état d'esprit il avait déjà bien vécu pour son jeune âge; Il paraissait heureux et comblé.

Je pense que Ben vivait aussi en suivant cette philosophie de la vie. En effet, depuis son plus jeune âge, on ne peut pas dire qu'il avait respecté à la lettre les conventions de notre société. Ayant eu son premier rapport sexuel à l'âge de 14 ans, Ben n'avait pas attendu sa majorité pour s'offrir un vieux combi Volkswagen, le retaper, l'aménager et partir sur les routes embarquant sa planche de surf avec lui. Ben était un grand sportif; S'il se consacrait aujourd'hui principalement au golf, son corps portait encore les séquelles de ses folies de jeunesse. C'était tout comme moi un ancien skateur mais une grave chute l'avait fait passer quelques semaines en fauteuil roulant; C'est pourquoi il se tourna vers le surf. Selon lui c'était également un sport très dangereux : il fallait cohabiter avec les requins et ne surtout pas oublier le fait que l'on pouvait aisément tout se casser sur l'eau. Pour sa part, suite à un retour de planche, Ben s'était cassé le nez mais affichait encore un visage d'ange grâce aux joies de la chirurgie esthétique.

Comme tout bon bûcheron qui se respecte, Ben prenait particulièrement soin de sa barbe; Pour lui, c'est elle qui faisait tout et elle devait être taillée à la perfection au même titre que ses testicules n'affichaient pas le moindre poil. Ben affectionnait les pratiques dîtes « à l'ancienne », c'était un homme de la nature, un vrai. En effet, s'il pêchait les truites à mains nues, pour ce qui était de ses parties génitales, c'est au briquet qu'il exécutait la tonte quotidienne; Il appelait ça le « burning ». Ben nous parlait sans gène de toutes ses expériences et de son intimité; Pour lui, il ne devait pas y avoir de tabou d'un côté comme de l'autre. Ainsi, c'est tout naturellement qu'il nous enseigna l'art du « tapping candle »; Voyez par là l'art d'éteindre des bougies à l'aide de son pénis lors de soirées, banquets ou mariages. A en croire Stephen qui acquiesçait, c'était une pratique très répandue au Canada et elle détenait un certain pouvoir sur la libido des femmes... Allez savoir. Si Ben tenait tant à avoir de si jolies testicules c'est sans doute parce qu'il les laissait souvent prendre l'air. Effectivement, Il allait jusqu'à faire du « tapping car »; Je laisse votre imagination vous expliquer de quoi il s'agit (...).

Indéniablement, Ben avait conscience qu'aujourd'hui la beauté était devenue un des principal critère de réussite sociale : «  Tu es beau, tu feras de grandes choses (...) ». Malgré tout, Ben continuait de porter le même short que moi qui pour sa part paraissait avoir quinze ans d'âge tant il était taché et décoloré par le temps. Dans une société superficielle où seule l'apparence extérieure importe et devient facteur de réussite, Ben vivait à travers un code de valeurs qui lui était propre. Allez essayer de rentrer dans une discothèque branchée d'une ville comme Nancy en vous pointant avec un visage barbu comme le sien.... . Voilà une des tristes réalités de la vie actuelle, on ouvre grand les portes de la société à des individus qui ne se soucient pas plus de leur planète que de leur prochain et on les ferme à ceux qui voudraient essayer de changer les choses. Bien sur la messe est dite et la Terre est à l'aube de son extinction, il faut voir les choses en face, toujours est-il que l'on pourrait faire des efforts pour retarder l'échéance... Mais ce n'est qu'utopie à la vue de notre société actuelle.

Ainsi, à l'image de Ben et Stephen, je venais de comprendre qu'il ne fallait pas suivre les « cases » que l'on essaye de nous imposer. La vie est une lutte perpétuelle et il ne faut pas hésiter à devenir déviant ou marginal pour défendre nos idées ou tout simplement vivre; Et l'appréhension du regard des autres ne doit surtout pas nous décourager. C'est donc dans cette voie qu'ils nous incitèrent naturellement à nous engager : « apprends la guitare, toi essayes de chanter un octave plus bas, achetez un Van et vous irez loin; C'est ça la vie. »

Ben fût un exemple pour moi; Bien sur ce n'était pas un modèle à suivre sur toute la ligne mais c'était quelqu'un de vrai et surtout de franc, dégageant avec ses amis une réelle joie de vivre. Le temps semblait passer sans pour autant modifier leur mentalité. Cette inoubliable rencontre m'apporta beaucoup et me motiva plus que jamais à poursuivre ma route.

 

Merci

 

 

 

 


Par Le Bis
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